Musique de la

Garde Impériale de Waterloo



La Genèse

La Musique des grenadiers à Pied de la Garde Impériale est l'héritière de celle des Gardes françaises, qui la première a introduit les instruments qui sont devenus caractéristiques des musiques militaires. On sait la part déterminante que les Gardes Françaises ont pris dans la révolution de juillet 1789 et qu'elles sont devenues l'ossature de la Garde nationale de Paris sous le nom de garde soldée.

En 1794, ces musiciens sont formés à leur demande en Institut National, sorte d'école de musique qui fait le service des fêtes publiques et alimente les musiques des différents corps militaires de la toute jeune République.

Par décret, la convention transforme en 1795 l'Institut en Conservatoire, employé à célébrer les fêtes nationales et former 600 élèves des deux sexes dans toutes les parties de l'art musical. Le conservatoire doit en outre fournir chaque jour un corps de musiciens pour le service de la Garde du Corps législatif.

L'arrêté des Consuls de 1799 organise la garde consulaire et y incorpore les gardes du directoire et du corps législatif.

1802 voit l'attachement d'un corps de musique à l'état-major du corps des grenadiers à pied.

Enfin en 1804, la garde consulaire devient par décret la garde impériale.

La Musique du 1er Régiment des Grenadiers à Pied est alors la meilleure des musiques de la Garde, probablement même de toute l'Armée.

Les instruments d’époque.

Les trompettes - alors « naturelles » c’est-à-dire sans pistons, ceux-ci n'ayant été inventé par Blühmel qu'en 1813 en Prusse - ont été introduites sous la Révolution, pour renforcer la partie des instruments aigus, écrasés par l'introduction du trombone.

Trompette

Trombone

Le trombone quant à lui, introduit afin de renforcer le hautbois dans la basse de l'harmonie, présente le plus souvent un pavillon en forme d'animal fantastique.

La clarinette est l'instrument qui figure en plus grand nombre. Elle s'acquitte de la partie haute de l'harmonie, soutenue par les trompettes. Le colonel Bardin, commandant le régiment des Pupilles de la Garde et auteur d'un « Dictionnaire de l'Armée de Terre » entamé en 1810, les qualifie de "violons de l'harmonie militaire".

Clarinette

Serpent

Le Serpent date du 16ème siècle. C'est d'après l'encyclopédie un instrument du genre des cornets et qui leur sert de basse, à l'unisson du basson ou basse de hautbois. A l'origine instrument d'église qui accompagnait le plain-chant, il est introduit dans les musiques militaires à la Révolution afin de suppléer le trombone dans les passages doux. Il sera remplacé plus tard par l'ophicléide, lui-même à l'origine de notre tuba actuel. Le Serpent est de tous les instruments en usage sous l'Empire celui qui fait le plus figure d'antiquité puisqu'il n'est plus en usage de nos jours dans les musiques militaires.

La caisse roulante est un tambour à fut de bois, dont le cylindre était plus haut que celui des tambours ordinaires. Peu bandé, il sert aux accompagnements à basse continue. Son introduction avait été préconisée par Rousseau.

Petite Caisse

Grosse Caisse

La grosse caisse apparaît peu avant la révolution, à la faveur de l'engouement pour les musiques turques. Elle deviendra rapidement un élément indispensable et caractéristique des musiques militaires.


Il en est de même pour Les cymbales dont Rousseau blâmait toutefois l'usage, jugeant qu'elles rendaient un son de ferraille. A noter que le cymbalier, par son origine (c'était un mamelouk) et son uniforme spectaculaire était l'une des attractions de la musique.

Mamelouk

Chapeau Chinois

Le chapeau chinois est une espèce de petit parasol de cuivre mince, garnie de grelots et de sonnettes, dont l'instrumentiste joue en l'élevant et l'abaissant afin de le faire résonner.

La vie et l’organisation de la Musique du 1er Grenadier à Pied

La Musique du 1er Régiment des Grenadiers à Pied est la meilleure de toutes les musiques de la Garde. Aussi c’est presque toujours elle qui se fait entendre dans les bals l’hiver aux Tuileries. Elle s’enrichit pour la circonstance d’un certain nombre de musiciens du Conservatoire ou de l’Opéra. Ces gagistes, payés par le corps ne suivent pas la Garde en campagne.

L’été, la Garde parade dans la cour du palais habité par l’Empereur. La musique l’accompagne.

Enfin, tout comme de nos jours, elle donne des concerts, soit à Paris, soit dans les grandes villes de l’Empire ou d’Europe, où se trouve momentanément la résidence impériale. La vieille garde et ses musiques sont de toutes les entrées triomphales dans les capitales ennemies : Milan, Berlin, Madrid, Vienne, Moscou.

Tambour Major

Le chef de musique, qui a le rang de sergent-major, perçoit une solde de 1800 francs et doit, à titre de musicien militaire, jouer lui-même d'un instrument et marcher dans les rangs, bien que l’on ait vu ci ou là des exceptions à cette règle.


Le tambour-major mérite une mention particulière, puisque son uniforme somptueux le distingue et en fait la vedette de la Musique. Parmi les différents tambours-majors de la Garde; Jean-Nicolas Sénot doit être distingué car son histoire semble bien avoir inspiré d'Esparbès dans la légende de l'Aigle. Entré au service à 11 ans, il deviendra par la suite tambour-major du 1er Régiment des Grenadiers à Pied et fera toutes les guerres de l'empire. Napoléon l'estime particulièrement et dit de lui "Mon bon et brave Sénot". Il mourra en 1837, décoré et bénéficiant d’une retraite de capitaine.


Le grand uniforme du tambour-major coûte 22.000 francs. A titre de comparaison, la solde annuelle d'un colonel de la Garde est de 9600 francs celle d'un musicien de 800 francs. Ces derniers doivent en outre se fournir d'instruments et les entretenir à leur frais

Tambour

La Grande armée martèle toutes les routes d'Europe au son de ses tambours, au bruit strident de ses cuivres. Dans les victoires comme dans les revers, les tambours battent sans trêve ni repos, tapent éperdument la charge. Ce n'est pas sans raisons que ces modestes soldats comptent au rang des combattants.


Après la bataille les musiques soûlent les régiments de gloire et d'orgueil mais elles savent aussi, dans les marches pénibles, soutenir le courage des soldats. Au passage de la Bérézina, ce qui reste des musiciens de la Garde, apercevant l'Empereur à pied au milieu de quelques grenadiers attaquent spontanément un de ses airs favoris "Où peut-on être mieux qu'au sein de sa famille". Toute l'épopée est dans cet épisode.

Conclusion

Raconter ce que furent les tambours et les musiciens de la Garde n'est assurément pas de la Grande Histoire, mais eux aussi combattirent à Marengo, à Austerlitz, à Waterloo, leur sang coula généreusement pour la France et pour l'Empereur, ils appartiennent à l'épopée, les faire connaître est encore de l'Histoire.

Texte écrit pas Thierry Detilloux

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